On ne jouera plus près de la cours
Aimé Montaigne...
. Elle arriva dans la cours en courant. Les yeux embués de larmes. Elle était enfin aux pieds de son immeuble. Elle essaya tant bien que mal d'enfoncer sa clef dans la serrure. Elle réussit. Elle poussa la lourde porte et monta les escaliers ratant quelques marches. Elle trébucha, se cogna mais continua. Elle avança, monta, enjamba ces escaliers qui n'en finissaient pas. Encore un obstacle, l'ouverture de la porte de son appartement. Elle ne vit pas très bien alors d'un revers de la manche elle essuya cette rivière qui coula de chaque coté de son visage. Elle essaya une première puis une seconde fois, elle n'y arrivait pas, elle jeta le trousseau de clef à terre, frappa contre la porte avec ses poings et ses pieds. Elle se tourna dos à la porte puis s'y glissa doucement, s'accroupissant à terre. Recroquevillée sur elle-même, elle fondit en larme, ses sanglots étaient fort et sa respiration se plaçait irrégulièrement. Ainsi passèrent les dix minutes qui suivirent. Elle reprit petit à petit son souffle, sa vue et son calme. Elle s'aida de la poignée pour se relever. Ramassa ses clefs à terre puis ouvrit cette porte. Une fois à l'intérieur, elle s'enferma à clef et commença à ôter ses chaussures, puis ses vêtements. Se retrouvant nu dans son appartement et tituba jusqu'à son lit. Elle s'y allongea et s'enroula dans ses draps puis ferma les yeux.
. Un léger rayon de soleil lui réchauffa le corps et la tira du sommeil sans douleur. Elle ouvrit délicatement les paupières sans bouger et fixa droit devant elle. Des images lui revenaient par paquets de mille. Des images nettes et précises. Des images de cet enfant qu'elle n'a pas put prévenir, cet enfant qu'elle avait l'habitude de voir jouer tous les mercredis en rentrant de l'université. Il jouait au ballon dans une rue pas loin de la cours. Elle avait l'habitude de lui dire bonjour en lui ébouriffant les cheveux. Hier mercredi, vers seize heures elle revenait des cours et elle le vit. Il était là comme à son habitude. Il frappa dans la balle qui roula sur la route, il courut la rattraper, une voiture arriva, et elle, elle voulut crier.
. Les bruits du crissement de pneus sur le bitume et la rencontre du petit corps avec le véhicule, alertèrent le voisinage. L'un d'eux dut appeler les secours car elle qui était resté là, pétrifier, les yeux accrochés sur le corps allongé, ne reprit ces esprits qu'à la venue d'un policier. Il avança vers elle : « Bonjours madame, police nationale. Puis-je vous poser quelques questions ? » Elle le regarda un instant puis fouilla dans son sac, prit un crayon et un bout de papier et écrivit « il est mort ? ». Elle le lui tendit, il le lut, la regarda et lui fit oui d'un signe de tête. Puis la laissa partir, s'éloigner et courir. Il avait compris, comprit qu'elle ne put avertir l'enfant par un cri car de sa bouche ne sort aucun son.
N3gre-iitude C.B